Retrouvons le goût de l’ennui

Par le Père Alexandre DESCAMPS

 

Vous rappelez-vous la dernière fois où vous vous êtes ennuyés ? Etait-ce avant le début du confinement ? Ou bien ce temps particulier que nous sommes en train de vivre vous a déjà permis de vous ennuyer ? Les enfants, nous les entendons souvent dire : « J’m’ennuie… j’sais pas quoi faire… ». Et nous savons qu’il est bon, parfois, de les laisser s’ennuyer puisque cela permet de développer leur créativité. Et nous qui sommes adultes, avons-nous encore le loisir de nous ennuyer, de prendre du temps pour ne rien faire ? En effet, le risque dans notre vie bien occupée est de toujours avoir quelque chose sur le feu, du retard à rattraper. Alors pourquoi ne profiterions-nous pas de ce temps de confinement pour nous autoriser à nous ennuyer ?

Nous avons terminé une tâche importante. Plutôt que d’allumer la télévision, ou de nous jeter sur notre tablette, asseyons-nous dans notre fauteuil et profitons d’un temps sans rien faire. Certainement, des souvenirs, des idées, des préoccupations vont venir à notre esprit. Laissons-les nous traverser, et pourquoi pas, rendons grâce ou adressons une prière d’intercession au Seigneur. C’est aussi l’occasion d’écouter le silence ou tout simplement la vie qui s’agite autour de nous. Laissons le Seigneur nous parler, et invitons-le à partager ce temps avec nous, non pour nous répandre en prières, mais pour profiter de Sa présence à nos côtés.

Pour finir, jetons un regard sur le Christ. Est-ce qu’il s’ennuyait ? Il avait l’air très occupé par sa mission. Entre les discours, les guérisons, tant de chemins à parcourir pour annoncer la bonne nouvelle; il n’avait certainement pas beaucoup de temps pour s’ennuyer. Et pourtant, il savait passer de longues heures seul, souvent la nuit, avec son Père. N’oublions pas les trente années qu’il a passées dans la solitude de l’atelier de Nazareth.

Profitons de ce temps de confinement pour retrouver le goût de l’ennui, non pour ressasser sans cesse la célèbre formule « je ne sais pas quoi faire… », mais pour prendre le temps de s’écouter, d’entendre l’œuvre du Seigneur s’accomplir dans notre vie.

Oui, osons prendre le risque de ne rien faire pendant quelques instants.