Journée de la vie consacrée ou consécration journalière de la vie ?

par le Père Pacôme Likobé

 

1. Depuis 1997, l’Église célèbre chaque 2 février la journée mondiale de la vie consacrée. A cette occasion, elle fait mémoire, dans sa liturgie, de la présentation de Jésus au Temple. La célébration de cette journée constitue-t-elle une exclusivité des prêtres, religieux, religieuses ? En dehors de son caractère institué, à quelle condition peut-elle nous concerner tous ?

2. Pour tenter de répondre à ces questions, il nous semble nécessaire de revenir aux textes liturgiques de ce jour, plus précisément à l’Évangile. Ici, nous allons nous intéresser à l’acte de présentation de Jésus au Temple. Son analyse nous permettra d’articuler « sacrifice et sacerdoce », comme grâce que nous avons tous reçue du Seigneur et dont nous devons resplendir au milieu de ce monde. En effet, la présentation de tout-premier né au Temple, est un rite de consécration exclusive de l’enfant à Dieu. Elle est l’expression de sa volonté tel que nous pouvons nous en apercevoir dans le livre de l’exode (Ex 13, 2). En revanche, pour appartenir à ses parents, l’enfant devrait être racheté par ces derniers. Et ce, moyennant un prix. « Et le prix du rachat était de cinq sicles et pouvait être payé à n’importe quel prêtre dans tout le pays ».

3. Or, Saint Luc n’évoque pas cet acte de rachat qui pourtant est prescrit par la Loi (Ex 13, 13). Pourquoi cette omission qui, manifestement, semble volontaire ? L’hypothèse d’une visée théologique est de plus en plus privilégiée par certains commentateurs. Nous pouvons à titre illustratif nous référer à ce qu’affirme Joseph Ratzinger. Selon lui, Saint Luc « veut évidemment nous dire par là que cet enfant n’a pas été racheté pour redevenir la propriété de ses parents, bien au contraire, il a été remis personnellement à Dieu dans le Temple, il lui a été donné totalement » (J. RATZINGER, Jésus de Nazareth. La figure et le message. Paris, Parole et silence, 2014, p. 73)

4. Eu égard à ce qui précède, nous comprenons que l’acte de donation exprimé par ce rite de présentation de Jésus au Temple, s’entend d’être la pierre d’achoppement du message de Saint Luc. L’enfant vient de Dieu son Père, comme don offert aux hommes pour leur salut (Jn 3, 16). L’offrande publique de sa vie, aujourd’hui inaugurée au Temple et dont l’accomplissement aura lieu sur la croix, est le véritable acte de rachat : réconcilier l’homme avec Dieu. Le premier est la propriété du second. Et le prix à payer, c’est son propre sang. Le sens de la vie de Jésus dans ses différents aspects : paroles, gestes, actions..., doit désormais être appréhendé dans la perspective de cette rédemption. Or, en tant que chrétien, nous avions été, le jour de notre baptême, configurés à ce Christ prophète, roi et prêtre c’est-à-dire sacrificateur. Ainsi, toute notre existence chrétienne, dans la diversité de ses expressions : prêtre, religieux, religieuse, laïc..., n’a de valeur que comme offrande quotidienne de soi au service de la foi : l’adoration de Dieu et la réhabilitation de l’homme. De ce point de vue, la fête du 2 février est fondamentalement dédiée à tous les chrétiens. Prions les uns pour les autres, plus spécialement pour ceux qui s’adonnent à ce service de la foi au moyen de la pratique des conseils évangéliques afin qu’ils mènent une vie toujours resplendissante de paix, de joie et d’amour. Et que le Seigneur nous donne, par ailleurs de « promouvoir la connaissance et l’estime de la vie consacrée » dans son Église.