De coeur et d'Esprit

Jésus est fatigué des caricatures grossières... Il est fatigué d’entendre que le Carême est si souvent réduit à une question de chocolat, au point d’en faire un film*. Au cœur d’une intrigue qui se passe à Flavigny-sur-Ozerain, un village bourguignon qui ne compte pas moins d’une église paroissiale, un séminaire et une abbaye, une chocolaterie devient le temple de la vie. Il émane d’elle un parfum de tolérance et de fraternité. Elle fait alors contrepoids à l’Église qui prône l’austérité qui dessècherait le cœur. Avec elle, le chocolat combat le jeûne et, avec lui, le plaisir remporte le prix du bonheur. Mais pourquoi se moquer ainsi du Carême ? Pourquoi le dénigrer de la sorte ? Saint Paul disait pourtant que « le règne de Dieu ne consiste pas en des questions de nourriture ou de boisson » (Rm. 14, 17) Qu’importe de se priver ou non de chocolat, la sainte quarantaine se situe à un autre niveau.

Même si la mode du « Dry January » est un exemple actuel qui nous rappelle que la privation est incontournable pour recouvrer la forme physique, le carême est beaucoup plus spirituel. C’est de la santé de l’âme qu’il s’occupe. A propos d’une controverse sur les interdits alimentaires, Jésus rétorquait : « Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur (...) Tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre pour être éliminé (...) Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur. Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans et rend l’homme impur. » (Mc. 7, 15-23)

Le Carême vise donc les pensées et les sentiments que l’on nourrit. Nous ne sommes pas nécessairement responsables de ces idées et de ces sensations mais coupables de les alimenter. Il s’agit donc de jeûner de cœur et d’esprit. La privation de menus plaisirs et le renoncement temporaire à la bonne chair en sera la voie. Un bon Carême commence par une introspection, pour discerner ce qu’il faut purifier dans notre mode de vie, une introspection guidée par l’aumône que Saint Augustin présentait en ces termes : « La première loi est de ne faire de tort à personne, la seconde, de faire du bien à qui l’on peut. »

Père Raphaël Prouteau, Curé

*Le Chocolat, 2000

 

 

 

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