Petites nouvelles camerounaises

Premier épisode

Chers amis, chère famille,

J’espère que cette première lettre vous trouvera tous en pleine forme !

Comme vous le savez, me voici partie pour une (ou deux ?) belle année de service dans le cadre d’un volontariat de solidarité internationale (VSI).

Je suis envoyée par la DCC (Délégation Catholique pour la Coopération), l’organisme de l’Église Catholique qui est le plus gros organisme à envoyer des VSI chaque année. La DCC fait partie de France Volontaires, qui coordonne les différentes ONG envoyant des volontaires de par le monde ou en France.

 

Ma mission en résumé :

La DCC m’a donc proposé une mission au Cameroun pour les Sœurs de la Charité de Ste Jeanne-Antide Thouret. Elles ont, en accord avec le district et le diocèse, réalisé un très beau projet : Construire un hôpital à Ngaoundal, pour pallier aux situations sanitaires préoccupantes qui survenaient dans la région (les différents centres de soin de la région ne suffisaient plus, et surtout l’hôpital le plus proche étant à plus de 100km, des patients décédaient fréquemment parce qu’on n’avait pas le temps ou la possibilité de les y emmener quand il fallait opérer ou hospitaliser...).Cet hôpital tout neuf est désormais fonctionnel et a été bâti à Galagala, à 5km au nord de Ngaoundal.

Mon rôle sera, en tant que médecin, de faire les consultations au dispensaire de l’hôpital (équivalent de nos urgences), de faire les gardes de nuit/WE, et de faire les visites dans les services de l’hôpital.

Nous serons 3 médecins pour gérer ces différentes tâches, sachant que les infirmiers peuvent consulter et prescrire pour les cas non graves et non compliqués, ce qui soulage le travail des médecins.

 

Cameroun

Voici donc quelques jours que je suis arrivée dans ce pays appelé la « mini-Afrique ». Le Cameroun est composé de régions qui regroupent différents climats trouvés en Afrique, un nombre extraordinaire d’ethnies différentes, avec la centaine de langues qui vont avec, des paysages extrêmement variés avec du désert, des montagnes, des plaines, de la forêt... on trouve de tout ici !

Mais je n’ai pas encore eu la chance de visiter toutes ces régions.

 

Le départ

Les derniers jours en France ont été bien chargés... Après le déménagement de mes affaires chez mes parents, puis la soutenance de thèse (fêtée comme il se doit !), et les moments en famille ou avec les amis pour se dire au-revoir, il a enfin fallu choisir les affaires nécessaires pour une année entière…
Choix difficile !
Ce qui est sûr, c’est que j’ai dans mes bagages tout ce qu’il faut pour combattre les affreux moustiques et les maladies sympathiques qu’ils nous offrent en nous piquant. J’ai un arsenal de répulsifs (presque 10 flacons...je peux vus dire que ça prend de la place), de Malarone (pour survivre au palu au moins les premiers mois), un porte-clef anti-moustique qui envoie des ultrasons, des répulsifs pour vêtements de la citronnelle et des moustiquaires m’attendent sur place...Si avec tout ça je me fais bouffer par ces affreuses bestioles !!

J’ai donc fermé les valises à 7h du matin, après une nuit passée à ranger mes cartons. Une petite demi-heure de sommeil puis départ à l’aéroport pour le grand voyage...Derniers au-revoir, derniers coups de fil à la famille, et puis me voilà dans l’avion en route pour cette belle mission. A part les quelques minutes éveillée pour profiter du décollage et de l’atterrissage, et de l’escale à Istanbul (survol du Bosphore...un pur bonheur !), j’ai passé tout le vol à roupiller pour récupérer de ces courtes nuits...

 

« Mais...tu sais où tu vas aller pendant un an ? »

Ce départ un peu précipité ne m’a donc pas laissé le temps de trop réfléchir (ou stresser) à me demander comment se passerait l’arrivée, la mission et le travail à l’hôpital, les relations avec les gens d’ici, la vie quotidienne, les conditions de vie.

Nombreux étiez-vous à vous inquiéter pour moi « Tu n’es jamais allé au Cameroun et tu t’apprêtes à y vivre un an ou deux... mais tu n’as pas peur que ça ne te plaise pas ? ». Des fois, il faut savoir faire confiance à la Providence, et aux autres... Il faut dire que les quelques contacts que j’ai eu là-bas m’ont largement rassurée. Les Sœurs qui m’accueillent étaient adorables dans leurs mails, et le projet de mission semblait passionnant. La volontaire qui y était avant moi était ravie de sa mission et m’a confirmé que les Sœurs étaient aux petits soins pour elle. Bien sûr chacun a son caractère, mais quand le fond est bon, on ne peut qu’être rassuré !

C’est en survolant la ville de Yaounde, de nuit, à mon arrivée, que j’ai enfin réalisé : Je vais vivre ici, et ce pays va probablement devenir un peu mon pays d’adoption... Que d’inconnu devant moi. Tant de belles choses m’attendent, et de belles rencontres. Moment d’émotion.

 

Premières impressions à Yaounde

A l’aéroport, je suis surprise par la chaleur moite qui règne ici. On se sent vite dépaysé ! Mais la saison des pluies débute et la canicule se calme, ce sera plus facile pour mon acclimatation.

Curieusement, aucun soucis pour m’habituer à la tenue locale, jupe et tongs...

Malgré mon arrivée à Yaounde à plus de minuit, une sœur assez âgée est venue me chercher en voiture. Sœur Marie-Michèle a les cheveux blancs mais elle est jeune dans sa tête et en pleine forme physique. Elle est aussi pleine d’humour ce qui n’est pas pour me déplaire. Elle sait s’y prendre pour faire obéir son petit monde, et pour tenir à carreau ceux auxquels elle a affaire. « Oh, mais s’il continue, je vais le pendre par les pieds ! ... Ne t’inquiète pas Isabelle, je dis ça mais je ne le fais jamais. Sinon il n’y aurait plus beaucoup d’âmes à Ngaoundal... ».

Depuis ma chambre, j’entends au loin le muezzine qui chante. Le soir suivant, c’est autre chose : toujours un chant, mais cette fois c’est une radio qui diffuse la chanson « Coller la petite ! Coller la petite ! Coller, serrer...coller la petite ! »...mythique au Cameroun parait-il…

 

Dans les rues de Yaounde, capitale du Cameroun

Quand je me balade dans la rue en voiture, je regarde émerveillée ce nouveau monde qui s’étale sous mes yeux. Ici, il y a plein de poussière partout mais le monde est plein de couleurs. Les vêtements sont bleu, orange, vert, jaune, violet, avec des tissus tous plus beaux les uns que les autres. La plupart sont habillés à l’africaine, avec de belles robes colorées pour les femmes, et des chemises multicolores pour les hommes. Ca change du gris noir ou beige de Paris.

L’animation qui règne dans les rues de Yaounde fait oublier les nombreux nids-de-poule gros comme des œufs d’autruche qui nous font valser la voiture dans tous les sens.

Il y en a qui diffusent leur musique à fond, d’autres sont avec leur micro en train de brailler vanter les qualités de leur produit ménager devant une foule de bedeaux. D’autres viennent tout près des voitures proposer des essuie-glaces ou des bonbons ou même des petits morceaux de viande grillée (vu la chaleur ambiante, je n’ai pas pleine confiance dans la fraîcheur de leur viande...). Il y a aussi les vendeurs ambulants de chaussures, qui ont un petit stock dans leur sac à dos, d’autres accrochées à leurs bras voire à leurs jambes, et une dernière posée sur leur tête, et ils se baladent ainsi au milieu des passants en proposant leur marchandise. Ma question est : la chaussure est-elle posée ou collée sur la tête ?? En tout cas elle ne bouge pas de son crâne...

Les affiches placardées dans la rue proposent de tout : des cours d’anglais américain, un traitement miracle contre les hémorroïdes, un candidat aux prochaines élections, le meilleur des savons, un « moteur décrassé »,...Les marchés de fruits et légumes me montrent plein d’aliments qui me sont inconnus. Même ceux qui me sont connus en théorie, je ne les reconnais pas toujours. Tout est vert, bien que mûr : les petits citrons, les oranges, les bananes (vert pomme, mais délicieuses), les mangues.

Il y a aussi le « marché des fauteuils » : En équilibre sur des échafaudages en bois, sont vendus une multitude de fauteuils de toutes tailles et de tous types, confortables mais poussiéreux à souhait. Les différents stands de fauteuils se suivent le long d’une route sur plusieurs centaines de mètres...

 

Le grand voyage

Après quelques jours de repos et de papiers administratifs à Yaounde, un long voyage de 12h en voiture m’a amenée à mon nouveau logis, dans la ville de Ngaoundal. Douze heures dans une voiture, c’est long, mais pas autant que quand on est ballotés par la route défoncée par endroits, ou par les dos d’ânes bien secs, et tassés à 3 sur une banquette prévue pour deux...avec la chaleur je vous laisse imaginer comme j’étais heureuse d’arriver.

Partis à 4h du matin pour éviter au maximum la chaleur, nous avons emprunté l’une des uniques routes goudronnées du pays, celle qui va vers le nord en suivant plus ou moins la voie ferrée du Cameroun. L’occasion pour moi de visiter le pays, avec tous ces paysages qui défile devant moi, ainsi que découvrir un peu de la vie quotidienne des camerounais.

La route nous emmène près de la frontière centrafricaine, on croise un camp de réfugiés qui ont fui les horreurs qui se produisent dans leur pays. Des cases en tôle ondulée ont été construites en pleine brousse, pour dépanner. Il y en a un tas, je me demande comment ils survivent sans eau courante et sans électricité, loin des villes. Boko Haram a beau sévir dans le nord du Cameroun, le reste de ce pays est relativement en paix. En Centrafrique, la situation est bien différente...

 

Et maintenant ?

Me voici bien installée dans la ville de Ngaoundal, en plein centre du pays, au sud de la région de l’Adamaoua, au pied du Mont Ngaoundal. Je vis dans la concession des Sœurs de la Charité de Ste Jeanne-Antide Thouret. Pour rassurer certains, je ne vis pas dans une cellule sans fenêtre. Il y a un bâtiment réservé à l’accueil des « extérieurs », les volontaires ou les invités (famille, amis des sœurs).

Je suis dans une chambre assez grande, avec douche et WC, grand luxe ! Mon travail actuel consiste à aider pour préparer l’ouverture prochaine de l’hôpital (prévue pour le 4 avril), en particulier réfléchir aux médicaments qu’il faudra ajouter à ceux qu’on avait déjà au dispensaire, et à rentrer tous ces médicaments dans le logiciel informatique. Eh oui ! C’est un hôpital informatisé ! Assez inédit au Cameroun. L’eau vient de la source de Galagala (ils ont une pompe qui distribue l’eau dans tout l’hôpital) et l’électricité vient des panneaux solaires installés sur les toits, et si besoin du générateur.

Ici il y a 8 sœurs (4 italiennes, 1 suisse, 1 vietnamienne, 1 française et 1 camerounaise), et une volontaire comme moi d’une quarantaine d’années, toutes très gentilles et parlant toutes le français, la langue principale du pays. Pour la description des sœurs avec qui je prends tous les repas, suite au prochain épisode ! Sinon vous n’allez plus avoir le courage de lire mes newsletters.

Je ne sais pas si j’aurais autant à vous raconter à chaque épisode, ce sera peut-être un peu moins chargé en nouveautés quand l’hôpital sera ouvert ! On attend tous ce moment avec beaucoup d’émotion et d’appréhension aussi...Il y a du travail !

 

Je vous embrasse tous, et espère vos nouvelles avec impatience.
A bientôt par mail, whatsapp ou courrier !

Isabelle (Docteur Isabelle, comme ils disent ici)

PS 1 : Vous pouvez retrouver cet article, illustré de photos ICI

PS 2 :

- Si vous voulez soutenir la DCC pour l’aider à faire partir des volontaires comme moi afin de rendre le monde plus beau et plus juste : vous pouvez faire un don ici (et en plus vous aurez la réduction d’impôts !). Merci !

- J’ai lâché mon téléphone français, mon nouveau numéro de téléphone camerounais est le :
00237 670 648 961

Et pour Whatsapp, le nouveau numéro :
00237 664 452 536

- Si l’envie vous prend de vouloir m’écrire, en sachant qu’il faut jusqu’à un mois de délai pour que le courrier me parvienne, mais cela me fera très plaisir de recevoir votre carte :

Isabelle Drouin
Chez les sœurs de la Charité Ste Jeanne-Antide Thouret
Mission catholique
BP 21
NGAOUNDAL - CAMEROUN